#Moiaussi : ces mots ont toujours été là

Il est presque impossible de ne pas s’en rendre compte. Suite à l’affaire Weinstein, le mouvement #MeToo a libéré la parole: les témoignages et prises de positions sur le harcèlement et les violences sexuelles que subissent (en majorité) les femmes ont fleuri sur la toile. Nous voulions partager avec vous ce statut Facebook, traduit de l’anglais, qui nous a particulièrement touchées. 

Me too, #metoo.

Moi aussi.

Vous êtes vous déjà trouvés dans cette situation dans laquelle vous apprenez une expression nouvelle, et soudain elle est partout, et vous vous demandez si c’est une coïncidence, si tout le monde s’est juste mis à utiliser ces mots au même moment, ou s’ils avaient toujours été là, mais vous ne les connaissiez pas assez pour les reconnaître quand quelqu’un s’en servait ?

C’est un peu l’effet que me font ces révélations d’agressions sexuelles et de harcèlement.

Pourtant cette expression est partout ; elle a toujours été partout. Ce n’est pas un étranger, un mec bizarre tout droit sorti de prison qui vous suit le long d’une rue déserte au milieu de la nuit. Ça partage nos lits. Ça habite l’appart d’à côté, ça nous vend des fruits et légumes. C’est notre boss, notre collègue ; c’est dans le train. Ça fait partie de nos familles. C’était là dès le premier instant où nos corps ont commencé à se différencier, à devenir des « corps de femme ».

On dirait qu’en tant que femmes, à un moment, il y a trop longtemps pour qu’en s’en souvienne, on a juste accepté qu’avoir des corps plus petits, des seins et un utérus (pour la plupart d’entre nous) fait partie d’un lot qui comprend aussi le harcèlement sexuel, les abus et une dose non négligeable de peur constante.
Comme si une clause s’était glissée furtivement dans les petites lignes d’un contrat qu’on aurait signé en passant. « En échange de la capacité d’enfanter, d’un odorat plus développé (c’est prouvé, vérifiez) et de toutes les autres caractéristiques merveilleuses qui accompagnent le fait d’être une femme, vous renoncez à la pleine propriété de vos propres corps ». Nous ne sommes pas seulement supposées l’accepter ; nous sommes supposées nous en réjouir. On nous a fait croire que c’était bon pour nous. Flatteur. Une petite tape sur les fesses de temps à autre ; un harceleur pas bien méchant une fois ou deux dans l’année. Garder son travail en échange d’avances sexuelles implicites – ou grossièrement explicites –de la part de son boss. T’en as de la chance ! Regarde toute l’attention que les hommes te portent !

Je n’ai jamais volontairement signé ce contrat social. Aucune d’entre nous ne l’a signé. On nous a convaincu que si ; dupé les jeunes filles impressionnables que nous étions à l’aide des publicités, émissions de télé, récits, images, conversations auxquelles nous furent exposées pendant les années où nous nous construisions. Elles faisaient l’éloge de nos pères pour leur force et leur intelligence, de nos mères pour leur beauté et leur discrétion. Elles nous disaient que ce qui déterminait notre valeur en tant que femme, c’était le désir qu’avait ou non les hommes de nous toucher.

Se faire harceler dans la rue n’est ni flatteur, ni mignon. Un ami d’ami qui agrippe mes seins dans un bar ne me fait pas me sentir spéciale. Ces actions réaffirment ce contrat fictif. Elles garantissent que, peu importe à quel point une femme est intelligente, courageuse ou forte, elle n’a de valeur en ce monde qu’à condition qu’un homme désire poser ses mains sur elle.

Ces hommes sont dupés par ce même contrat, amenés à croire qu’ils ont un droit sur ce qui ne devrait pas leur appartenir ; enjoints à affirmer leur autorité pour maintenir le statu quo. Même s’ils n’ont en fait pas envie d’être en couple avec vous, de vous épouser, de coucher avec vous ou même de vous crier des insanités incompressibles dans la rue, le même système d’endoctrinement leur apprend que de temps à autre, ils se doivent de signifier à une femme qu’ils le pourraient s’ils le souhaitaient. Et souvent, c’est ce qu’ils font. Et ils font tellement, tellement pire.

Parce que ce n’est que la pointe d’un sinistre iceberg. Prenez place à table avec quatre femmes : il est probable qu’au moins l’une d’entre elle aura été physiquement ou sexuellement abusée par quelqu’un en qui elle avait intimement confiance. Et l’on entend que celles qui se sentent capables de se frayer un chemin à travers l’humiliation, l’ostracisme, le doute de soi-même et le blâme jeté sur les victimes qui accompagnent les dénonciations. Sans oublier que ces expériences sont souvent aggravées pour les femmes non privilégiées : racisées, LGBTQI+, réfugiées, indigènes, issues de milieux défavorisés ; ces femmes dont la souffrance est unique et ignorée, dont les corps sont encore plus méprisés que les nôtres.

quote

Aussi trivial que cela puisse paraître, de soutenir et de relayer ce message sur une plateforme telle que Facebook, peut-être est-ce la façon la plus efficace d’indiquer au plus grand nombre de personnes que ces expériences, ces mots, ont toujours été là. On n’avait juste pas pensé à demander ce qu’ils voulaient dire. Ou on ne l’avait pas compris à l’époque. Ou peut-être, tout simplement, qu’on n’écoutait pas assez.

Je suis fière et touchée par ces femmes qui ont osé, si héroïquement, partager leur expérience, ces souvenirs que, jusqu’à ces jours-ci, elles avaient tant tenté d’oublier.

Je me réjouis qu’aujourd’hui, le sujet soit comme le problème : omniprésent.

Peut-être est-il temps de trouver une solution. Pour que la prochaine femme que l’on harcèle ou agresse n’ait pas à attendre un mouvement de l’ampleur de l’affaire Weinstein pour se dire qu’on l’écoutera.

Ou, idéalement, pour qu’il n’y ait pas de « prochaine femme ».

Lucia Savini

 

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