Contre les arguments qui affirment que les femmes ont pris le pouvoir

Cet article a été écrit et publié à l’origine le 7 Avril 2017 (voir sur MediaPart)

D’après David Pujadas en personne, le patriarcat a pris fin dans les années 60 (oui, avant la légalisation de l’avortement). Les inégalités envers les femmes ont disparu ; elles sont devenues les égales des hommes. Pire encore, le sombre complot féminazi a atteint son but : nous vivons désormais dans une société dominée par les femmes au détriment des hommes… Ou pas.

Les idées féministes se diffusent, et avec elles leurs antithèses (à croire qu’on dérange…). Souvent véhéments et de mauvaise foi, leurs promoteurs n’hésitent pas à nier les inégalités auxquelles les femmes font face ; allant parfois jusqu’à évoquer une guerre des sexes dont les hommes seraient désormais les grands perdants. Voici quelques réponses à leurs arguments les plus récurrents.

Argument n°1 : les inégalités femmes / hommes n’existent plus aujourd’hui (bonus : « l’égalité des sexe, c’est dans la loi ! »)

Pour bien commencer, on répète en cœur : l’égalité de droits n’est pas l’égalité réelle. Nous avons tous le même droit de passer une nuit dans un palace 5 étoiles, combien d’entre nous y ont réellement accès ? En France, les femmes et les hommes sont certes égaux en droit ; voici la réalité :

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Sources : HCEfh Cornell University ; Observatoire des inégalités ; Skema ; Insee ; Unesco ; CNC

 

Argument n°2 : les femmes obtiennent plus souvent la garde des enfants

C’est une réalité ; mais il faut préciser que les deux parents sont d’accord pour fixer la résidence des enfants chez la mère dans 71% des cas (des séparations de couples hétérosexuels). Lorsque l’on regarde l’ensemble des chiffres du ministère de la justice, l’on constate que 93% des demandes des pères et 96% des demandes des mères sont satisfaites dans ce domaine. Il y a donc bien une différence, mais elle est minime.

 

Argument n°3 : Les femmes se prélassent à la maison pendant que les hommes triment

« Rester à la maison » est également un travail, qui ne s’accompagne guère de reconnaissance sociale puisqu’il appartient à la catégorie du travail invisibleLes femmes effectuent toujours la majorité des tâches domestiques et parentales, même lorsque les deux membres du couple (hétérosexuel, donc) ont un emploi. Au final, les hommes consacrent en moyenne 3h20 par jours à leurs loisirs, contre 2h45 pour les femmes.

Il est vrai que la majorité des emplois considérés pénibles sont occupés par des hommes et que ceux-ci sont plus touchés par les accidents du travail. Néanmoins, les femmes occupent plus d’emplois précaires et souffrent plus souvent de maladies professionnelles. En outre, ainsi que cela a déjà été souligné, elles sont moins bien payées.

 

Argument n°4 : Les femmes ont le pouvoir dans le domaine de la séduction

Ben voyons ! Pourquoi alors est-ce leur comportement à elles qui est sans cesse scruté, analysé et critiqué ? Elles sont « trop sexy », « trop maquillées », elles envoient des photos « trop osées » ; ou pas assez. Y-a-t-il des équivalents masculins aux termes « allumeuse » ? « Salope » ? (Non, salaud n’a pas la même connotation.) « Pute » ? (Se référer à la parenthèse précédente.)

Peut-être sera-t-il plus facile pour une femme hétéro que pour un homme hétéro de trouver une personne avec qui coucher si l’envie lui en prend. Mais il y a un prix à payer : la femme qui couche le premier soir – ou à n’importe quel moment ou dans n’importe quelles circonstances qui ne sont pas jugées « acceptables » – se le verra reprocher. Elle, la fille facile ; lui, le Don Juan. Tiens, encore un terme qui n’a pas d’équivalent masculin – un garçon n’est jamais facile, c’est un garçon, point. Et une fille « Don Juan », on l’appelle comment ?

 

Argument n°5 : les filles réussissent mieux à l’école que les garçons

C’est vrai, mais réussir à l’école n’est pas une fin en soi. L’intérêt de réussir scolairement, c’est en grande partie d’ouvrir les portes du marché du travail. Or, pour rappel, les hommes occupent la grande majorité des postes haut placés et sont mieux payés.

Les femmes sont plus nombreuses sur les bancs de l’université, du moins dans les premières années. Pourtant, elles ne représentent plus que 48% des doctorant-e-s. L’écart augmente avec le niveau hiérarchique : elles ne sont plus que 42,4% des maitres de conférences, 22,5% des professeurs d’université et 14,8% des présidents d’université.

S’agissant des diplômé-e-s des grandes écoles, si le taux d’insertion professionnelle des hommes est seulement légèrement supérieur à celui des femmes, les différences qualitatives sont plus importantes : ils sont nettement plus nombreux à obtenir rapidement un CDI, et leur rémunération est plus importante.

 

Argument n°6 : Les hommes se suicident plus que les femmes (sous-entendu : ils vont moins bien)

C’est vrai également, mais les femmes font plus de tentatives : 9 % des femmes et 6 % des hommes de 18 ans ou plus déclarent ainsi avoir fait une tentative de suicide au cours de leur vie. La différence s’explique car les femmes utilisent des moyens moins violents, donc moins efficaces : elles vont privilégier les médicaments, tandis que les hommes sont plus nombreux à recourir aux armes à feu.


 

Pour finir : afficher les inégalités femmes / hommes, ce n’est pas proclamer que les hommes ne souffrent pas. C’est dire qu’ils ne souffrent pas, ou très rarement, en raison de leur genre ; contrairement aux femmes qui sont très souvent discriminées et subissent des violences simplement parce qu’elles sont femmes. Autrement dit, elles font face à une oppression que l’on qualifie de systémique, puisqu’elle s’exerce à l’échelle de la société et découle des biais de celle-ci. A toutes fins utiles, précisons que les oppressions systémiques sont nombreuses. Pour n’en citer que quelques-unes : racisme, capacitisme (discrimination envers les personnes en situation de handicap), homophobie, classisme, transphobie. Si l’on veut lutter pour la libération de toutes les femmes, il faut donc s’attaquer à l’ensemble des oppressions (qui peuvent aussi être subies par des hommes, bien sûr). Le premier pas est évidemment la reconnaissance de leur existence.

 

En bref :

  • Les inégalités femmes / hommes sont toujours bien présentes, notamment dans la politique, l’économie, la culture, les médias et au regard des violences physiques, sexuelles et psychologiques.
  • Les femmes obtiennent plus souvent la garde des enfants, mais les pères sont d’accord dans l’immense majorité des cas.
  • Les femmes effectuent toujours la majorité des tâches domestiques et parentales, même lorsqu’elles ont un emploi. En outre, ce travail domestique est complètement invisibilisé.
  • Si les femmes dominaient les hommes s’agissant de la séduction, elles disposeraient à minima de la même liberté sexuelle qu’eux.
  • Les femmes réussissent mieux à l’école, pourtant ce sont les hommes qui s’en sortent le mieux (et de loin) professionnellement.  
  • Les femmes font plus de tentatives de suicide que les hommes, mais les tentatives des hommes ont malheureusement plus tendance à aboutir.

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